Droit au retour, un droit inaliénable
Débat par Pierre Yves Salingue
Droit au retour; Je ne souhaitais pas vraiment ouvrir le débat sur le sujet avant même d'avoir réuni la commission qui doit s'y coller mais bon , je n'ai pas commencé et puisque Nazem nous a fait parvenir ses réflexions sur le sujet je ne vois pas de raison de ne pas y aller aussi... Mais on va rester raisonnable et essayer de ne pas faire trop long. Je suis d'accord avec une affirmation de Nazem: il faut "éviter toute ambiguïté". Donc Nazem est pour le droit au retour.
"Le droit au retour est inaliénable" écrit-il dès la première ligne. Qu'est-ce que ça veut dire "inaliénable" ? Le Petit Robert nous indique deux sens : sur le plan du droit ça veut dire "incessible"; sur le plan littéraire " qui ne peut être ôté" Quel que soit le choix qu'on fasse, c'est clair : on ne peut pas se le voir retirer et on ne peut pas déléguer à un tiers la possibilité d'y renoncer. Et pourtant...c'est une toute autre chanson qui nous arrive en poursuivant la lecture. Ce qui était "un droit inaliénable" à la première ligne devient "un principe inaliénable"...et comme seul "le principe" est inaliénable ...le retour réel lui est "négociable". Je ne vais pas avoir la cruauté de nous engager dans une discussion philosophique probalement un peu abstraite (c'est quoi "un principe inaliénable" ???) et on va essayer de rester pratique et intelligible , pour "éviter toute ambiguïté" comme dit Nazem... Donc c'était un droit inaliénable mais par l'astuce de la distinction - le principe d'une part l'application d'autre part - le droit devient une question "idéologique", l'important c'est de remporter une victoire idéologique , de voir reconnu "le principe du droit au retour". Concrètement ça veut dire quoi ? et bien ce n'est pas très compliqué voyez vous , ça veut dire que les réfugiés palestiniens ne pourront pas rentrer chez eux, sauf une petite quantité que l'état israélien autorisera "pour des raisons humanitaires". La ruse de la distinction principe et application fait là encore des merveilles et permet de camoufler le renoncement derrière une intransigeance idéologique et une fermeté principielle qui visent à impressionner et faire taire les éternels insatisfaits. Je vais vous donner à lire deux petites citations: "...il faut définir la tâche des négociations qui restent à mener à bien, ne l'oublions pas:trouver un moyen de ménager un droit au retour en Israël aux Palestiniens tout en évitant toute forme de retour effectif qui serait de nature à remettre en question le caractère juif d'Israël... ce pays devrait être plus que prêt à faire n'importe quoi pour accorder aux Palestiniens tous les concepts possibles et imaginables pour peu que ces concepts soient de nature à rendre leur défaite moins insupportable...Pour revenir aux droits conceptuels revendiqués par les Palestiniens , Israël peut pourvoir à la grande majorité d'entre eux sans problèmes". C'est extrait d'un texte de Jérome Segal , dirigeant du "lobby juif pour la paix" aux USA, et au demeurant grand ami de Beilin et d'Abed Rabbo (pas seulement d'ailleurs) , les héros de Genève... Vous pouvez trouver l'intégralité du texte sur Solidarité Palestine, sous le titre "confusions autour du droit au retour". Confusion, ambiguïtés,principes, concepts ...les termes sont un peu différents mais l' objectif est le même. Il faut calmer les (réfugiés) palestiniens par des grandes et fermes déclarations de principes et pendant ce temps là on discute des choses sérieuses entre gens raisonnables, rationnels, des vrais dirigeants politiques conscients de leurs responsabilités, pas des réfugiés un peu primaires qui naïvement pensent que "le droit au retour" c'est le droit de rentrer chez soi , dans le village dont on a été expulsé , sur les terres qu'on vous a volées etc. Pour ce qui me concerne le bon sens primaire de ces derniers me convient davantage que la vigueur idéologique des chevaliers des droits virtuels et des principes évanescents. En tant que droit individuel inaliénable le droit au retour n'est pas négociable, par quiconque. Comme l'écrit très simplement Salman Abu Sitta,coordinateur du Congrès pour le droit au retour, libre à ceux qui étaient à Genève de renoncer à leur droit au retour,ceci ne pose aucun problème mais "ils n'ont aucun droit de prendre cette décision pour plus de 5 millions de réfugiés". La signification est très simple:il n'y a aucune place pour des "négociations" relatives aux "modalités pratiques du droit au retour" et ces modalités n'ont pas à faire l'objet d'un "accord" , sauf à accepter que la victime du nettoyage ethnique mis en oeuvre par tous les gouvernements sionistes sans exception ait l'obligation de "négocier" avec celui qui l'a volé , expulsé et contraint à vivre la plupart du temps dans des conditions misérables.
Probablement le désaccord ne se réduit-il pas à la question du droit au retour. Nazem ajoute que la reconnaissance du droit au retour "ne signifie pas une remise encause de l'état d'Israël". Et bien voilà une autre clé de l'énigme: on ne veut pas d'un droit au retour concret ...parce qu'on ne veut pas remettre en cause l'état d'Israël. Par contre, voyez vous, "le principe de l'état juif est bien sûr inacceptable sur le plan idéologique car il remet en cause nos perceptions de la démocratie et de la laïcité" Je le dis calmement mais je me fous royalement du fait qu'un état remette en cause "nos perceptions de la démocratie et de la laïcité". La formule mériterait quelques développements ("nos" c'est qui? la laïcité , laquelle ? etc) mais ce n'est pas ici le sujet. Je suis contre l'état d'Israël tel qu'il est vraiment,raciste , colonialiste et oppresseur d'un Peuple , aussi bien ceux qui vivent dans ses frontières que ceux qu'il écrase militairement en Cisjordanie et à Gaza et ceux qu'il contraint à l'exil. Cet état là ne peut pas être défendu parce la défense d'un état qui pratique l'Apartheid et le nettoyage ethnique ne peut être un objectif pour le mouvement de solidarité avec le peuple qu'il opprime depuis sa création et ceci irrémédiablement compte tenu de son projet et de l'idéologie qui le fonde. Mais de cela on en reparlera plus tard...
Aujourd'hui je veux qu'une chose soit claire : j'ai proposé la création de cette commission pour aider les comités à mener une action en faveur des réfugiés palestiniens , pour les appuyer dans leur lutte pour le respect de leurs droits fondamentaux dont celui , essentiel, du droit au retour, droit individuel et collectif que des millions de Palestiniens revendiquent et dont ils n'ont délégué à personne la possibilité de le "négocier" pour en réalité le liquider.
Bref , il s'agit de construire une campagne pour des droits réels et pour uine victoire possible, l'exact opposé d'une campagne pour des "droits conceptuels" pour faire accepter une défaite.
Ecrit par Pierre-Yves Salingue , Nanterre Palestine.
