Enfants de la Palestine
Association des familles Franco Palestiniennes
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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UNE ARÊTE QUI RÉSISTE : LE DROIT AU RETOUR
Par Abdessalam KLEICHE
vendredi 6 juin 2008, par :

Depuis quelques mois se multiplient les initiatives sur le thème du Droit au Retour des palestiniens. On entend ici et là des déclarations dites individuelles qui prennent la précaution de préciser qu'elles le sont à titre personnelle, même si au départ elles participent à certains débats et colloques au nom de leur organisation. D'ailleurs elles ajoutent souvent que c'est au nom de leur profession et leur spécialité, qui leur donne la légitimité de pouvoir formuler un avis fortement argumenté sur une question aussi symbolique que le Droit au Retour.

Bien entendu l'histoire de la Palestine est jalonné de personnalités, intellectuels, juristes, hommes politiques étrangers, qui au nom de la solidarité, n'ont cessé de vouloir indiquer aux palestiniens le meilleur chemin à suivre pour défendre sa cause et recouvrer ces droits. . Très longtemps, cette ingérence provenait pour l'essentiel de certains régimes arabes, qui au nom de la solidarité organique, du nationalisme arabe, de la maturité politique s'arrogeaient le droit de dire ce qui est politiquement bon pour les palestiniens encore « mineurs ».

Aujourd'hui, d'autres temps, d'autres lieux. En effet, on assiste à ce même phénomène qui est à l'œuvre dans le camp de la solidarité en Europe et particulièrement en France ? Certaines organisations est non des moindre, au nom de cette même solidarité, d'une prétendue légitimité acquise depuis des décades dans l'accompagnement de la défense des droits légitimes des palestiniens, s'autorisent ici et là quelques révisionnismes sur le Droit au Retour. Ainsi, on voit ici et là des initiatives, qui tentent de hiérarchiser soi disant les priorités dans la lutte pour les droits légitimes du peuple palestinien. Le Droit de Retour, serait aujourd'hui une revendication lourde à porter et un fardeau pour certaines ONG. Elles veulent s'en délester à tout prix pour mieux porter « l'espérance de paix ». Mais ne pouvant assumer ce révisionnisme à visage découvert, ces ONG lancent des galops d'essai pour tester la réactivité des mouvements de solidarité. Ces tentatives pilotes ne sont pas anodines. Leur multiplicité, les spécialistes qui les distillent, le poids des organisations de solidarité qui les acquiescent confirment qu'il existe une véritable stratégie conçue, concertée, planifiée et exécuté à dose homéopathique en fonction de la résistance du terrain.

La cause palestinienne est une cause universelle, par ce que c'est une cause juste. Car cas unique dans l'Histoire, c'est la cause d'un peuple qui a été délibérément vidé de sa terre pour y substituer un autre peuple en étroite collaboration avec les puissances impériales de l'époque. Et Les Etats qui en sont les héritiers portent une lourde responsabilité dans l'expulsion des 800 000 palestiniens qui a présidé à l'institution de l'Etat d'Israël. Cette entreprise de nettoyage ethnique a failli jeter définitivement dans les oubliettes de l'Histoire le peuple Palestinien et à rayer la Palestine de la carte du Proche Orient. 60 ans après, La Nakba que commémore aujourd'hui le peuple palestinien est là pour rappeler que cette mémoire collective d'un peuple qu'on a tenté d'ensevelir, est plus que jamais vivante. Cette mémoire longtemps empêchée, s'exprime aujourd'hui et explose à la figure de tous ceux qui consciemment ont participé à cette entreprise criminelle de faire du peuple palestinien un peuple an-historique. Certes il est louable de s'interroger su la pertinence de la stratégie du mouvement national palestinien, toute tendance confondue (OLP, Fatah, FDLP, FPLP, Hamas et l'autorité palestinienne). De même il est parfaitement légitime de questionner les échecs et les dévoiements de la cause palestinienne. Mais ces réflexions doivent tendre à nourrir le débat sur le renouvellement des moyens pour accroitre la solidarité avec le peuple palestinien au moment ou l'archevêque anglican sud-africain Desmond Tutu dénonce l'attitude criminelle d'Israël à Gaza. Or aujourd'hui certains débats deviennent vite le prélude à un glissement vers une remise an cause du Droit au Retour. Or il est non seulement indécent de demander à 5 millions de réfugies de renoncer à leur Droit au Retour légitime, mais il est encore plus perverse que ces tentatives proviennent du camp de la solidarité. Et il est encore plus criminel que le moment choisi soit les 60 ans de la Nakba. Le moment de surprise étant passé, se dessine aujourd'hui un spectre d'associations et d'intellectuels et non des moindres qui ont entamé une véritable croisade contre Droit au Retour. Se réclamant du camp dit modéré, réaliste, fanfaronnant la paix à tout bout de champ, ils tentent de s'installer dans une posture de légitimé, tout partirait d'eux et tout reviendrait vers eux. Peuvent ainsi être rejetés dans les camps dit « extrémistes », tous ceux qui font du Droit au Retour un principe intangible et le pilier de la solidarité avec le peuple palestinien.

Stratégie vieille comme le monde (colonial), utilisée encore aujourd'hui par les défenseurs inconditionnels de l'Etat d'Israël, qui rejettent toute critique de la politique cet Etat en y voyant qu'une face cachée de l'antisémitisme et de l'extrémisme. Il est étonnant que certaines organisations solidaires avec le peuple palestinien, qui hier se plaignaient d'être victimes de ce procédé, le réactive à l'égard des défenseurs du Droit au Retour.

Mais Le peuple palestinien a toujours résisté à ce type de tentative. Selon l'adage "les bons conseillers ne sont pas les bon payeurs", les 5 millions de réfugies palestiniens déclineront ce type de conseils qui leur demandent d'abandonner ce qu'ils sont : être des palestiniens hier comme aujourd'hui. Et le mouvement de solidarité est surtout là pour conforter les palestiniens dans leur droit.

En France, en tant que citoyens nous sommes les héritiers de la lourde responsabilité que l'Etat français a engagée en notre nom, depuis bientôt un siècle. Commençant officiellement par les accords Sykes-Picot (Picot s'exprimait au nom de la France). Rappelant ici que les accords Sykes-Picot, ont été le socle de la fameuse cage d'acier « Iron Cage selon l'expression de Rachid El khalidi » qui va être la camisole de force qui va sceller le destin de la Palestine. Ces accords historiques seront suivis par le vote de la partition de la Palestine 1947 (le vote de la France et son influence sur d'autres Etats a été déterminante), et compléter par notre contribution à doter Israël de l'arme nucléaire. De même que les juifs de France, ont eu raison d'exiger de l'Etat français, en tant que héritier de Vichy, d'assumer sa responsabilité de la déportation et de l'holocauste, de même Les palestiniens ont le droit de demander à l'Etat français d'assumer sa responsabilité historique vis à vis de leur expulsion de leur terre. Et les citoyens français ne doivent pas oublier que la cause palestinienne est aussi leur cause, car l'Etat Français s'est y engagé en leur nom. Les droits des palestiniens ne saucissonnent pas. Ce n'est pas un panier dans lequel on puise ce qui nos convient selon les moments et le contexte. Ce n'est pas une solidarité à géométrie variable à Laquelle on adhère en se mouchant le nez sur certains de ses aspects.

Il est donc plus que jamais, important non seulement de soutenir le Droit au Retour, mais de le rappeler que c'est un axe central d'engagement auprès des palestiniens. Par conséquent nous devons non seulement traquer et dénoncer ceux qui délibérément et sciemment, par leur déclarations, écrits, pétitions, rumeurs, contribuent aux tentatives d'abandon de ce droit, mais aussi démasquer et nommer les organisations qui se prêtent par connivence à ce type d'entreprise d'élagage du Droit au Retour des palestiniens Ainsi le peuple palestinien saura, que parfois derrière le vernis de solidarité se drape d'autres intentions moins avouées et des fossoyeurs de la cause palestinienne.

C'est aussi pour alerter certaines organisations qui, à leur insu peuvent prêter le flanc à ces manœuvres d'aseptiser le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien.

Les palestiniens ont l'habitude de rappeler que la Palestine est une arête dans la gorge d'Israël.

Le Droit au Retour des palestiniens serait-il devenue une arête dans la gorge de certaines organisations de solidarité avec le peuple palestinien ?

David Ben Gourion, le premier ministre israélien disait, "nous devrions faire tout notre possible pour empêcher le retour des Palestiniens chez eux. Les vieux mourront et les jeunes oublieront ". L'ironie de l'histoire a voulu que 50 ans plus tard Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, chantre de la mémoire de l'holocauste fasse retourner Ben Gourion dans sa tombe en rappelant que "le bourreau tue toujours deux fois, la deuxième fois par l'oubli".

Aujourd'hui le bourreau risque de tuer une troisième fois si certaines personnalités ou organisations de solidarité avec les palestiniens acquiescent à cette campagne de remise en cause du Droit au Retour.

Abdessalam KLEICHE

 
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