| Enfants
de la Palestine Association des familles Franco Palestiniennes |
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Article paru dans la rubrique :
Culture
LA JUDÉOMANIE A CRÉÉ UNE DISTINCTION ENTRE LES CITOYENS FRANÇAIS
Entretien de Jean Robin
lundi 1er janvier 2007, par :
Rédaction Enfants de (la) Palestine,
Dans un entretien exclusif publié sur le site http://www.communautarisme.net, Jean Robin, l'auteur de La judéomanie (qui vient de paraître aux éditions Tatamis), revient sur la genèse de son livre et expose sa thèse selon laquelle une focalisation exagérée sur tout ce qui concerne les juifs est à la fois une entorse manifeste au principe d'égalité mais aussi un facteur d'antisémitisme
Pour résumer brièvement le contenu de cet "ouvrage", la France est la mère du nazisme et d'Hitler, elle est essentiellement antisémite et le sera sans doute éternellement, et il n'y a quasiment pas d'autres racismes en France que l'antisémitisme. En effet, le racisme anti-arabe, ou anti-noir, et tous les autres racismes n'y sont pratiquement pas évoqués, alors que l'antisémitisme est présent quasiment à chaque page. Or, comme l'ont remarqué au temps de sa sortie des sommités comme Raymond Aron ou Léon Poliakov, parler de "L'Idéologie française", c'est parler de toute la France, d'une manière totalisante (pour ne pas dire totalitaire). Il y a donc de la part de l'auteur une volonté de faire de l'antisémitisme le seul et unique racisme français, reléguant tous les autres au rang de "détails", pour utiliser un mot qui a horrifié quand il fut utilisé par Le Pen au sujet des chambres à gaz. On ne l'a jamais reproché à Bernard-Henri Lévy, et pourtant cela ressort très clairement de ses écrits, et de L'Idéologie française en particulier, où il vomit par ailleurs la France et les Français. Pierre Vidal-Naquet, qui vient malheureusement de nous quitter, avait dit très justement que "BHL avait gagné le combat des idées", contre Raymond Aron, Edgar Morin et lui-même, excusez du peu. Depuis cette fracture idéologique a perduré, et a fini par creuser un fossé immense entre judéomanes et anti-judéomanes. Les premiers sont aujourd'hui ultra-majoritaires dans le pays, ce sont surtout des non-juifs d'ailleurs, les anti-judéomanes étant ultra-minoritaires et la plupart du temps relégués au banc de la société de par leurs prises de position en ce sens. Donc, bien plus que ce livre de BHL, c'est l'énorme polémique qu'il engendra, et surtout le ralliement des pouvoirs politiques et médiatiques à sa thèse que je critique, et qui ont créé la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui.
Cette idée selon laquelle seuls les jeunes pourraient avoir un avis sur les jeunes, les femmes sur les femmes, les journalistes sur les journalistes ou les juifs sur les juifs, au hasard, est insupportable. On entend d'ailleurs souvent, dans des débats où les parties en présence n'ont pas d'autres arguments, que le propos d'untel sur les banlieues est disqualifié d'avance, pour la simple et bonne raison qu'il ne connaît pas les banlieues, pour ne pas y vivre lui-même ou ne pas y avoir grandi. Mais enfin, si l'on suivait ce raisonnement en le poussant jusqu'au bout, chacun ne pourrait donner son avis que sur les problématiques lui correspondant complètement ! Je ne pourrais me prononcer que sur les jeunes de 28 ans, de sexe masculin, parlant français, anglais et japonais, ayant des origines polonaises, juives et clermontoises, étant diplômé d'une école de commerce et d'un troisième cycle de stratégie opérationnelle… Autant dire l'absurdité d'un tel raisonnement, puisque personne ne pourrait plus se prononcer sur rien. Malgré cela, ce raisonnement ne semble pas être disqualifié dans le peu de débats qui se déroulent encore notre pays, au contraire. C'est aujourd'hui un argument de rhétorique qui porte souvent plus que les vrais arguments du sujet dont il traite. Une manière élégante et efficace d'ôter toute légitimité à son interlocuteur, tout en n'apportant pas la moindre avancée aux échanges ayant lieu. Il n'y aurait donc là, après réflexion, peut-être nulle manifestation de judéomanie, mais tout simplement de bêtise et de paresse de penser.
Je ne reprocherai jamais à des membres d'une communauté, quelle qu'elle soit, de revendiquer des avantages, des droits spécifiques, des indemnisations ou quoi que ce soit d'autres. Mais je reproche aux responsables politiques qui se sont succédés au pouvoir de les leur avoir accordés, brisant ainsi le pacte républicain, comme pour la déclaration de Chirac au Vel d'Hiv. Ni les associations "noires", ni les associations juives, ne sont responsables de la démission du politique, qui entraîne avec lui le médiatique. La victimisation et la repentance ne sont omniprésentes dans notre pays que parce que ceux que nos élus l'ont bien voulu, et qu'ils ont envoyé ce message aux citoyens et aux médias : le culte du souvenir doit nous faire oublier la réflexion pour l'avenir. Ces visées électoralistes ont plongé le pays dans le puits sans fond de la commémoration, qui nous fait oublier jusqu'aux raisons pour lesquelles nous commémorons. Par exemple, nous sommes le seul pays à commémorer cinq fois par an la Shoah, alors qu'en Israël même ils ne la commémorent qu'une fois par an, deux minutes de silence très solennelles, que je trouve bien plus profondes et appropriées que nos larmoyantes cérémonies, qui tendent parfois à l'obscénité comme l'a dit l'historien Pierre Nora, et qui ne servent que de faire-valoir à ceux qui les organisent. Nos élites politiques et médiatiques se sont "couchées", pour utiliser un terme cher au Général de Gaulle, et ont cédé aux pressions les plus diverses, juives hier, nègres aujourd'hui (au sens noble du terme, celui de Césaire et Senghor), et arabo-musulmanes demain sans nul doute. La judéomanie, comme je l'explique dans le livre, crée l'appel d'air pour une négromanie puis une musulmanie si nous ne changeons rien à cette fuite en avant vers toujours plus de repentance et de commémorations. A la place, j'appelle de mes vœux à respecter l'Histoire, et, en effet, s'il y avait à déterminer de quel crime contre l'humanité l'Etat français est le plus directement et indéniablement responsable, ce serait l'esclavage, et non la Shoah. Dans le premier cas, nous n'étions sous l'influence d'aucune puissance étrangère, et ce sont Louis XIV et Colbert, d'eux-mêmes, qui ont rédigé et fait appliquer le Code Noir. Dans le second, il y eut plus de juifs cachés que de juifs déportés, aucun juif déporté ni avant ni après Vichy, et surtout notre pays était occupé par l'ennemi au moment des déportations. Nous avons éminemment besoin d'un retour de l'Histoire, et un arrêt des vérités d'Etat, comme le discours du Vel d'Hiv, ou encore la loi Gayssot. Jacques Chirac était d'ailleurs contre le principe de la loi Gayssot l'année où elle fut votée (1990), mais une fois au pouvoir il ne fit que la renforcer par d'autres lois. Le communautarisme reculerait bien plus si l'Etat ne se mêlait pas de ce qui ne le regarde pas, comme l'Histoire, et la reconnaissance des communautés ethno-confessionnelles.
Mais d'autre part oui, le "comment" est bien présent tout au long du livre, il le traverse comme un fil rouge. Je l'ai même repris en 4ème de couverture d'une manière très explicite : "De peur d'être considérée comme antisémite, la France est devenue judéomane". Notre pays, plus que tous les autres peut-être, a perdu sa confiance en lui, a oublié ce qui a permis à De Gaulle et à la Résistance de sauver un pays occupé, à savoir son courage, sa grandeur et son esprit républicain. Une fois le pays reconstruit, prospère, et De Gaulle parti, nous sommes retombés dans les travers de la 4ème République (et ce malgré la constitution de la 5ème), et nous avons confié le pays à des gestionnaires. Dès lors, les visions électoralistes ont vaincu les visions politiques, et un Bernard-Henri Lévy et son Idéologie française ont convaincu tout le monde ou presque en un temps record. La France était éternellement collaborationniste, munichoise et raciste. Aucun parti n'a su faire émerger de ses militants un dirigeant qui saurait prendre la succession de De Gaulle ou de Mendès-France, de grands hommes dont nous pouvons nous enorgueillir. A la place, ce sont des énarques avides de pouvoir mais vides d'ambition pour notre pays qui ont leur ont succédé. François Mitterrand, notamment, à qui le FN et BHL doivent énormément, avait beaucoup à se faire pardonner par rapport aux juifs, donc il a eu des comportements judéomanes pour mieux faire oublier son passé vichyste et ses amitiés collaborationnistes. La dynamique judéomane qu'il a impulsé à la France ne s'est jamais démentie, elle fut même accélérée par Chirac et Jospin, j'en donne suffisamment d'exemples incontestables dans le livre (y compris pour Mitterrrand).
Le problème, c'est que dans le même temps de graves dérapages commis par des juifs ne sont même pas relevés, même si ces actes ou comportements créent, alimentent ou nourrissent de l'antisémitisme. Je pense notamment au président de TFJ (Télévision Française Juive), qui a expliqué sans la moindre gêne qu'en "assassinant TFJ, c'était la communauté juive française, voire mondiale qu'on assassinait" (TFJ était alors en liquidation judiciaire, mais est depuis rentrée en Bourse). La banalisation de la Shoah ne semble pas critiquable, tant qu'elle émane d'un juif qui se présente comme défenseur des juifs. On revient au problème évoqué plus haut, d'où vient la parole semble être plus important que la parole elle-même. Je donne de très nombreux exemples tout au long du livre, dans les domaines les plus variés, qui illustrent que le deux poids, deux mesures, est évident, et très souvent dû à la judéomanie ambiante. Plus que l'activisme des responsables communautaires, ce qui frappe c'est l'attitude de la classe politique qui semble accéder à toutes les exigences "judéomanes". Comment l'expliquez-vous ? C'est ce que j'expliquais plus haut, en débordant un peu de la question initiale. J'ajouterai simplement que nos médias de masse, pour la plupart, sont tout autant responsables de ce comportement judéomane. Quand des médias sur-médiatisent des actes antisémites, alors que ceux-ci ne le sont parfois même pas (affaire du RER D, affaire de la "pornographie mémorielle", pseudo-agression du rabbin Fahri, incendie du centre social juif de la rue Popincourt, etc.), c'est grave. Quand ils sous-médiatisent des actes délictueux commis par des juifs (agression de Dieudonné en Martinique, d'Alain Soral dans une librairie, messages antisémites que s'envoyait Alex Moïse, etc.), c'est grave. Mais le plus grave tient au fait que tout cela ne fait que créer, nourrir et alimenter l'antisémitisme, qui n'en a pourtant pas besoin. Les Français juifs non-judéomanes, et ils sont majoritaires dans notre pays, n'aspirent qu'à une chose : être considérés comme les autres citoyens, ni plus, ni moins. Mais les judéomanes, qui sont souvent des non-juifs, ne sont pas vraiment judéophiles, puisqu'ils n'ont même pas conscience des effets pervers de leurs excès en faveur des juifs. Faveur qui se retourne nécessairement, systématiquement et sournoisement contre les juifs, qu'ils soient judéomanes ou non.
Mais, si je comprends bien votre question, il est tout à fait probable que l'extrême-droite (comme d'autres) essaie, d'une manière ou d'une autre, de récupérer mon analyse pour en faire ses choux gras, et trouver là une possibilité nouvelle et inattaquable d'affirmer leur antisémitisme (que ne partage d'ailleurs pas de nombreux électeurs du FN). Mais ce raisonnement serait faux, et voué à l'échec : soit on est antisémite, soit on veut lutter contre l'antisémitisme, or ma thèse se situe clairement dans la deuxième option. J'ai identifié, assez clairement je crois, une nouvelle source de l'antisémitisme en France (et peut-être dans d'autres pays où la judéomanie aurait cours), et mon but est d'en faire prendre conscience à nos intellectuels, nos journalistes et nos politiques afin qu'ils luttent plus efficacement contre ce fléau qu'est l'antisémitisme. Plus efficacement, cela signifie de prendre en compte la réalité actuelle de la judéomanie, qui est patente, et d'empêcher qu'elle ne se reproduise aussi souvent et aussi régulièrement. Par ailleurs, votre question est d'autant plus pertinente qu'elle nous renvoie tous à la démission politique de nos élites, que j'ai déjà évoquée. Par exemple, la loi Gayssot est symptomatique de cette démission, et de l'autoroute que nous n'avons cessé d'ouvrir au FN depuis vingt ans. La loi Gayssot est une loi d'exception, judéomane, qui va à l'encontre de bons nombre de principes républicains, et qui fut dénoncée avant, pendant et après son vote par nombre de personnalités absolument insoupçonnables d'antisémitisme. Je n'en citerai que quelques unes : Simone Veil, Jorge Semprun, Pierre Vidal-Naquet, Théo Klein, Jean Kahn (les deux derniers étant d'anciens président du CRIF), etc. Mais les opposants à ce projet de loi, puis à cette loi, comptaient également parmi eux un certain Jacques Chirac, comme je le disais plus haut. Voici les mots qu'il employait dans L'Arche, le mensuel du judaïsme français avant que cette loi ne soit votée : "Je crois qu'il faut tout faire pour sensibiliser l'opinion à la tragédie qu'a été la Shoah et faire en sorte que son souvenir ne s'éteigne jamais. Je m'y emploie et j'ai pris des initiatives dans ce sens. Je ne crois pas pour autant, à titre personnel, qu'il faille aller jusqu'à transformer la négation du génocide en délit passible de sanctions pénales car cela pourrait s'apparenter au délit d'opinion. Ce ne serait pas, dans mon sentiment, la manière la plus efficace de combattre ces thèses odieuses". A son arrivée au pouvoir, au lieu de revenir sur cette loi odieuse (et encore dénoncée récemment comme telle par nombre d'historiens prestigieux), notre président actuel a fait exactement le contraire, en renforçant cette loi par sa déclaration du Vel d'Hiv du 16 juillet 1995, puis par tant d'autres choses que je détaille dans le livre. Pendant ce temps, le FN capitalisait sur cette démission en s'opposant toujours autant à cette loi, et à être aujourd'hui le seul parti à toujours y être opposé. Il n'y a guère que quelques personnalités courageuses et éprises de liberté d'expression, comme Elisabeth Lévy ou Robert Ménard, pour s'y opposer, ainsi que des historiens parmi les plus respectés. Mais le FN a gagné cette bataille par abandon de la partie adverse, à savoir les partis dits modérés. Aujourd'hui, si vous dites que vous êtes contre la loi Gayssot, on vous soupçonne de militer au FN. Il faut remercier tous les judéomanes pour cette situation ubuesque, et malheureusement très difficilement réversible, si tant est qu'elle le soit encore.
Comment se peut-il, me direz-vous, qu'on puisse défavoriser une communauté en la favorisant au départ ? C'est là le cœur du sujet. Pour l'illustrer, prenons un cas concret, et actuel. Le souvenir de la Shoah est commémoré cinq fois par an dans notre pays, c'est un record mondial : "La France est le seul pays à commémorer officiellement quatre fois par an la déportation des Juifs. 27 janvier : anniversaire de la libération d'Auschwitz et commémoration de la libération des camps 11 avril : libération de Buchenwald 26 avril : journée de la déportation, lecture des noms 16 juillet (s'il tombe un dimanche, sinon le dimanche suivant) : rafle du Vel d'Hiv. De plus, la cérémonie annuelle « à la mémoire des martyrs » qui se déroule à la synagogue de la Victoire à Paris en septembre est traditionnellement retransmise en direct par la télévision publique". (Didier Epelbaum, Pas un mot, pas une ligne ?, les essais, Stock, octobre 2005, p. 8). Sachant cela, comment empêcher le Français ayant une couleur de peau noire, d'une part de se considérer comme "descendant d'esclaves" (sentiment que ces commémorations ravivent dans la population), d'autre part de considérer qu'on ne commémore pas autant l'esclavage, pourtant reconnu (à juste titre) comme crime contre l'humanité par la France ? Ainsi, on a favorisé la communauté juive en lui concédant pas moins de cinq dates chaque année pour commémorer le souvenir de sa mémoire… mais on finit par la défavoriser car, comme le dit si justement Alain Finkielkraut, d'autres finissent par croire que "les juifs ont tout, ils sont même les rois du malheur !" Il existe des dizaines d'autres exemples de cet antisémitisme généré, créé, alimenté ou nourri par la judéomanie, j'ai tâché de les regrouper et de les analyser dans mon livre. Cela concerne de nombreux domaines épineux : les commémorations, l'indemnisation financière, le traitement médiatique, le traitement historique, la loi, la reconnaissance de la communauté par l'Etat, j'en passe et des pires.
Je comparerai leur cas à celui d'une mère qui protège trop son enfant et finit par l'étouffer (physiquement ou psychologiquement s'entend). Qui trop embrasse mal étreint. On peut être animé des meilleures intentions, et que celles-ci finissent par se retourner contre soi ou ceux qu'on cherchait à protéger. Il est clair par exemple que des associations juives ont, à un moment, fait pression sur la justice pour qu'elle condamne Dieudonné, Daniel Mermet ou Alain Ménargues. Je fais référence dans le livre à un communiqué de l'Union Syndicale de la Magistrature qui concluait au sujet de ces associations, je cite : "Certains types d'autorités associatives et religieuses perdent leurs nerfs et ne rendent pas service aux personnes qu'elles veulent défendre en attaquant les institutions de la République" (dans un communiqué du 24 août 2004) Cela me permet d'ailleurs d'ajouter que le plus gros de mon travail, sans doute, est d'avoir donné à la judéomanie une réalité conceptuelle, transmissible rapidement et sans équivoque, offrant ainsi aux anti-judéomanes une véritable opportunité de faire reculer l'antisémitisme issu de cette source-là. Jusqu'à présent, peu voire pas d'attention était portée sur ce phénomène, malgré sa relative omniprésence, j'espère que mon livre et les débats qu'il ne devrait pas manquer de générer permettra aux événements d'évoluer dans le bon sens.
Les effets positifs de la judéomanie ? Oui, bien sûr, à court terme. Par exemple, on indemnise massivement (350 millions d'euros en 3 ans) les orphelins de déportés juifs. Puis on se rend compte qu'on n'a pas indemnisé les orphelins de déportés non-juifs, qui ne sont pourtant pour rien dans le fait d'être orphelin (donc au même titre que les orphelins juifs). En catastrophe, on décide d'indemniser les orphelins de déportés non-juifs, mais beaucoup moins, et bien après, de sorte que nombre d'entre eux sont déjà morts, et surtout on se rend compte qu'on a ouvert une boîte de pandore de l'indemnisation. Mais le plus grave dans toute cette affaire, c'est d'avoir créé une distinction entre des citoyens français en prenant comme critère principal l'appartenance ethnico-confessionnelle. De telle sorte qu'il y a 60 ans, il valait mieux ne pas être juif, et qu'aujourd'hui il vaudrait mieux être juif (en tout cas à court terme). Aussi intolérable soit ce constat, il est bien réel aujourd'hui en France, et il ne peut plus durer sous peine de faire exploser le communautarisme et la France avec lui.
Je n'avais pas traité de l'affaire Lipietz dans La judéomanie, ne pouvant être exhaustif sur le thème judéomane tant il est pléthorique, mais je pourrais avoir aujourd'hui, hélas, l'occasion de me rattraper. Une fois encore, Alain Finkielkraut s'était justement ému en juin 2006 sur RCJ de cette requête du député européen vert, en expliquant aux auditeurs qu'elle était abusive et que plus de soixante ans plus tard il était plus que déplacé d'intenter ce genre de procès. On voit aujourd'hui à quel point il avait raison, puisque la requête de Lipietz a ouvert une nouvelle boîte de Pandore de l'indemnisation, dans laquelle viennent de se jeter comme dans la gueule du loup des centaines de familles juives de toutes nationalités. Ces demandes d'indemnisation, et d'abord la première qui les a rendu possibles, doivent donc leur légitimité à la déclaration judéomane et communautariste de Jacques Chirac, ayant reconnu la responsabilité de l'Etat français dans la déportation des Français juifs pendant la seconde Guerre Mondiale. Mais, d'après les informations rendues publiques par les journaux aujourd'hui, il semble tout à fait probable que les indemnisations que les familles peuvent espérer de la SNCF s'ajoutent à celles que certaines d'entre elles ont déjà touchées en leur qualité d'orphelins de déportés juifs. La somme touchée par chacun des requérants du procès Lipietz, 21.000 euros, est d'ailleurs très proche de celle touchée par les orphelins, près de 28.000 euros. D'autant qu'un article du Monde nous précise que "pour évaluer le montant des préjudices, les avocats ont pris pour référence la décision toulousaine" sur le cas Lipietz. Mais elle concernait des gens revenus vivants de la déportation, et l'avocat des 200 familles plaignantes a déjà annoncé qu'il réclamera une somme supérieure pour les personnes qui sont mortes à Auschwitz. Plus on indemnisera des juifs pour la Shoah, plus des noirs voudront être indemnisés pour l'esclavage, des Algériens d'origine pour la colonisation... et plus le communautarisme et les tensions racistes se développeront dans notre pays. Sans parler évidemment de l'état mental dans lequel ce genre d'actualité plonge encore plus le pays, regardant toujours plus en arrière au lieu de regarder en avant.
Post-Scriptum : Jean Robin, La judéomanie. Elle nuit aux Juifs. Elle nuit à la République., éditions Tatamis, 2006, 341 p., 19,90 euros
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